Je n'ai pas choisi de te courir après. Je n'ai pas non plus choisi de tomber amoureuse de toi. Je n'ai pas choisi non plus de souffrir de ton absence cela est un fait et je n'y peux rien. Je n'ai pas choisi non plus le fait de ne pouvoir t'oublier de te sentir plus violent et plus fort dans chacun des mes rêves. Je n'ai pas choisi les pleurs, non, ce sont eux qui m'ont choisi. Non, en fait depuis que tu es parti, je n'ai rien choisi. Je regarde ma vie défilé, je n'y tiens pas le rôle principale, je suis seulement une pale actrice. Tu vois comme dans un film, la fille qui traverse la rue et dont on a rien à faire, moi je suis cette fille. Je n'attends plus rien de toi, et de moi par la même occasion. Je n'existe pas, je ne suis pas. Je suis la, mais ailleurs. On me voit sans me voir. Je suis devenue comme le vent insaisissable. Tu vois, j'ai plus de vie, plus d'envie sans toi. Je ne me berce pas de "il reviendra", car je le sais, tu ne reviendras pas. Ça aussi tu vois c'est un fait. J'ai renoncé, j'ai abandonné. C'est triste à dire mais j'aime pas la vie sans toi. Et puis sans toi je me sens personne. Je peux rester des heures les yeux dans le vague à attendre. Personne ne voit rien, personne ne sait rien. Mes journées je les passe seule même si je suis entourée de dix personnes. Mes sourires je les donne mais ils ne sont pas sincères, pas vrais, ils ne viennent pas du fond de mon c½ur. Mes paroles, mes mots, mes phrases n'ont aucun intérêt. Mes conversations sont dénuées de sens. Je me suis sentie seule toute ma vie, sauf quand j'étais avec toi. Tu me rejoignais toujours dans l'écart de nos âges que je peuplais à ma manière. Je ne pensais pas pouvoir aimer comme je t'ai aimé. J'ai cru à toi comme on croit à un rêve. Quand il s'est évanoui, j'ai disparu avec lui. J'ai pensé souvent te retrouver, mais j'ai eu peur de ne pas savoir réinventer le rire à deux, peur que tu ne sois plus celui que j'ai aimé et par dessus tout peur de te perdre à nouveau, ça, je n'en aurais pas eu la force. Plusieurs fois j'ai essayé de partir pour m'éloigner de toi, mais il n'y à pas de distance assez lointaine lorsqu'on aime. Je vis dans la contradiction de cet espoir où la vie nous remettrait en présence l'un de l'autre. J'étais bien avec toi, je réussissais à m'abandonner sans avoir la trouille au ventre, à vivre tes défauts comme des fragilités sublimes. Mais je n'étais que locataire de ton bonheur, et tu n'as pas renouveler le bail. Maintenant je continue à t'aimer sans retour. A me nourrir du seul sentiment que je te porte, à respecter ta liberté, me contenter du fait que tu existes sans chercher à te revoir. Tu es parti hier, il y a des années de cela, depuis si longtemps que j'ai cessé d'en compter les mois sans en perdre un seul jour. Tu apparais parfois dans l'instant d'un regard que tu m'as appris à poser sur les choses, sur un paysage. Tu surgis dans un rayon de pluie, dans un reflet de lumière, au détour d'un mot dans une conversation, tu es mon immortel.